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Certibiocide : vos produits sont-ils concernés ?

La question n’est pas de savoir ce que dit le texte, mais si la commande que vous passez le mois prochain va être refusée. Voici comment le vérifier sur vos propres flacons.

Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, certains produits biocides à usage professionnel ne peuvent plus être vendus à qui n’a pas de certificat individuel — le Certibiocide. L’obligation de vérification pèse sur le distributeur, qui doit contrôler le certificat et tenir un registre de ses ventes. Autrement dit : ce n’est pas un contrôle qui arrive un jour, c’est un refus de vente qui arrive à la commande suivante.

Et c’est là que la plupart des professionnels se trompent de question. Ils cherchent si leur métier est concerné, alors que le texte ne vise pas un métier : il vise un produit, et donc un acte d’achat. Un tatoueur qui n’achète que du matériel à usage unique n’est pas dans la même situation qu’un confrère qui pulvérise un désinfectant de surface entre deux clients — et ils exercent pourtant le même métier.

Ce qu’est un produit biocide, en une phrase utile

Un biocide est un produit destiné à détruire ou neutraliser un organisme vivant nuisible — bactérie, virus, champignon — autrement que par une action purement mécanique. C’est ce qui sépare un désinfectant d’un détergent : le second décolle la saleté, le premier tue ce qui vit dedans.

La réglementation européenne range ces produits en types de produit (abrégés « TP »), selon leur usage. Celui qui concerne un studio de tatouage, de perçage ou de dermopigmentation est le TP2 : les désinfectants des surfaces, des sols, du mobilier et du matériel. C’est très exactement ce qu’on applique sur une table, sur un appuie-bras et sur une clip cord entre deux clients.

Les quatre vérifications à faire sur un flacon

Prenez le produit que vous utilisez le plus souvent et regardez son étiquette, puis sa fiche de données de sécurité. Quatre indices, du plus rapide au plus sûr :

  1. La mention d’usage. « Réservé aux utilisateurs professionnels », « usage professionnel » ou une formule équivalente. C’est le premier tri, et il est décisif : l’obligation ne vise que le circuit professionnel.
  2. Un numéro d’autorisation de mise sur le marché. Un biocide autorisé porte une référence d’autorisation, généralement à proximité des mentions de danger. Sa présence signale un produit qui a été évalué comme biocide — donc un produit susceptible d’entrer dans le champ.
  3. Le type de produit. La fiche de données de sécurité ou la documentation du fabricant indique le ou les TP couverts. Un « TP2 » écrit noir sur blanc tranche la question.
  4. Les revendications d’efficacité. Bactéricide, virucide, fongicide, souvent assorties de références de normes européennes. Un produit qui revendique une action sur des micro-organismes revendique une action biocide — il ne peut pas être hors champ par accident.

Ce qui, dans un studio, n’est pas concerné

Autant de temps perdu à s’inquiéter pour rien. Ces éléments relèvent d’autres réglementations — souvent plus exigeantes, d’ailleurs — mais pas du Certibiocide :

Dans votre studioCertibiocide ?Ce qui s’applique à la place
Aiguilles, cartouches, gants, films barrièreNonDispositifs à usage unique. Rien à acheter avec un certificat.
Encres et pigmentsNonRéglementation propre aux produits de tatouage. Un pigment n’est pas un biocide.
Autoclave et stérilisation du matériel réutilisableNonC’est un procédé, pas un produit. Mais les tests et indicateurs associés relèvent de votre traçabilité, contrôlée par l’ARS.
Savon doux pour le lavage des mainsNonProduit d’hygiène courante, sans revendication biocide.
Solution hydro-alcoolique pour les mainsÀ vérifierL’antisepsie de la peau relève d’un autre régime que la désinfection des surfaces. Le libellé exact du produit tranche — demandez au distributeur.
Désinfectant de surfaces, de mobilier, de matérielOui, très probablementC’est le cœur du TP2 — la cible même du dispositif.
Conteneurs et collecte DASRINonFilière d’élimination des déchets de soins, obligation distincte et permanente.

Quels métiers sont concernés au-delà du tatouage

Puisque l’obligation suit le produit et non la profession, elle attrape des métiers qui ne se sentent pas visés — et c’est là qu’on trouve les mauvaises surprises. La règle utile : si c’est vous qui passez la commande, c’est vous qui devez détenir le certificat.

  • Tatoueurs et perceurs — désinfection des surfaces, du mobilier et du matériel réutilisable, entre chaque client.
  • Praticiens en dermopigmentation et en maquillage permanent — l’acte franchit la barrière cutanée, le protocole de désinfection est le même.
  • Esthéticiennes et instituts — dès qu’un désinfectant professionnel de surfaces est acheté, y compris pour un seul poste.
  • Coiffeurs et barbiers — désinfection des postes et du matériel de coupe.
  • Gérants, responsables et associés non praticiens — celui qui n’exerce pas mais qui commande est celui à qui le distributeur demandera le certificat.

Ne pas confondre avec l’hygiène et salubrité

C’est la confusion la plus répandue, et elle est coûteuse dans les deux sens : croire que l’une dispense de l’autre, ou payer deux fois pour ce qu’on croit être la même chose. Ce sont deux obligations distinctes, avec deux autorités et deux objets.

Hygiène et salubritéCertibiocide
Ce que ça conditionneLe droit d’exercerLe droit d’acheter certains produits
AutoritéAgence régionale de santé (ARS)Ministère de la Transition écologique (DGPR)
Ce que ça couvreLe geste, le poste, les déchets, la responsabilitéLe produit biocide et son usage
Sans elleActivité illégaleRefus de vente par le distributeur
Qui est viséCelui qui pratiqueCelui qui achète

On peut donc parfaitement être en règle sur l’une et en défaut sur l’autre — c’est même la situation la plus fréquente aujourd’hui : un professionnel certifié depuis des années, parfaitement légal, qui découvre au moment de recommander son désinfectant qu’il lui manque un certificat dont il n’avait jamais entendu parler. Le détail des deux parcours est sur les pages Hygiène et Salubrité et Certibiocide.

À La Réunion, la contrainte est un cran plus serrée

La règle est nationale, mais elle ne se vit pas de la même façon ici. En métropole, un refus de vente se contourne en changeant de fournisseur le jour même. Sur l’île, le nombre de distributeurs de produits professionnels est limité, et le réapprovisionnement dépend de délais d’acheminement : une commande bloquée ne se rattrape pas en vingt-quatre heures.

S’ajoute une contrainte que le texte ne mentionne pas et que tout studio local connaît : la chaleur et l’humidité. Le stockage d’un désinfectant à l’abri de la chaleur n’est pas une précaution de confort sous ce climat, et la durée d’efficacité après ouverture s’en ressent. C’est une bonne raison de comprendre ce qu’on manipule plutôt que d’avoir seulement un certificat dans un tiroir.

Les questions qui reviennent

Qu’est-ce qu’un produit biocide, exactement ?

Un produit destiné à détruire ou neutraliser un organisme nuisible — bactérie, virus, champignon — par une action chimique ou biologique, et non par une simple action mécanique. Un détergent nettoie ; un biocide tue. Un même flacon peut faire les deux, et c’est alors sa revendication biocide qui compte.

Quels métiers sont concernés par le Certibiocide ?

Tous ceux dont quelqu’un achète un désinfectant professionnel : tatouage, perçage, dermopigmentation, esthétique, coiffure, mais aussi propreté, agroalimentaire ou santé animale. L’obligation suit le produit acheté, pas le code d’activité — c’est pourquoi elle surprend autant de monde.

Comment obtient-on le certificat ?

En suivant une formation auprès d’un organisme habilité par le ministère de la Transition écologique, sanctionnée par une évaluation. Le certificat délivré est individuel, nominatif, et vaut cinq ans. Il n’existe pas de dispense pour ancienneté ni d’équivalence automatique avec une autre certification du métier.

Tous les désinfectants sont-ils concernés ?

Non. L’obligation vise les produits biocides à usage professionnel de certaines catégories, dont le TP2 pour la désinfection des surfaces et du matériel. Les produits d’hygiène grand public en sont hors — mais ils ne conviennent pas à un studio. La réponse qui fait foi pour une référence donnée est celle de votre distributeur.

Une solution hydro-alcoolique pour les mains est-elle concernée ?

Pas au même titre : traiter une peau et traiter une surface relèvent de catégories différentes. Le libellé précis du produit et son autorisation tranchent, et ils varient d’une référence à l’autre. C’est typiquement le cas où il faut poser la question au fournisseur plutôt que de raisonner par analogie.

Peut-on acheter par l’intermédiaire d’un confrère qui possède le certificat ?

C’est un très mauvais calcul. Le distributeur enregistre la vente au nom du détenteur du certificat, qui devient responsable de produits qu’il ne maîtrise pas, stockés ailleurs et employés par quelqu’un d’autre. En cas d’incident ou de contrôle, l’arrangement se retourne contre les deux.